
Baptêmes ?
Il y a deux mois, j'affirmais que nous n'étions pas responsables des erreurs des autres. Le
manque de place et la nécessité de n'aborder qu'un problème à la fois dans un éditorial m'ont
fait remettre à aujourd'hui le pendant de cette première affirmation : si nous ne le sommes pas
de celles des autres, nous le sommes à coup sûr des nôtres.
Si ces erreurs n'influent que sur nous passe encore. Dans ce domaine, j'aurais tendance à
épouser l'opinion d'un de nos grands philosophes ULM, le pionnier Bernard Danis, aujourd'hui
disparu : " L'ULM, ça tue les cons !" Mais l'inadmissible vient quand en plus de compromettre
notre propre intégrité nous attentons à celle des autres et quand j'écris, les autres, je veux
parler de nos passagers et des tiers au sol.
Laissons de côté la seconde catégorie qui ne semble pas constituer une population significative
dans les sinistres survenant en aviation de loisir, pour nous intéresser à ceux qui nous accompagnent
en vol.
Ils sont de deux sortes : les complices et les innocents. En effet, il faut distinguer entre ceux qui
ont clairement compris ce à quoi ils jouent et tous les autres. Dans notre domaine, la complicité
se fonde sur la parfaite information des règles de notre jeu. Si l'on peut affirmer qu'un pilote
les connaît, qu'un élève ou un futur élève se les est vu expliquer par son instructeur, nous
pouvons à coup sûr affirmer que pour les baptêmes il n'en est rien. Dans presque tous les cas,
les futurs baptisés sont installés dans nos appareils comme dans un manège, en les tenant
très soigneusement dans l'ignorance des conditions très particulières d'exploitation des ULM.
Ils sont de ce fait des "clients" à qui nous fournissons un service. A ce titre, moralement comme
en droit, nous devrions leur assurer une sûreté équivalente à celle qui est offerte par tous ceux
qui se donnent pour métier de transporter leurs semblables.
Nous savons tous, ou nous devrions le savoir, que la chose est impossible du fait même de la
nature de l'ULM. Nous savons aussi que ces vols constituent une source de revenus non négligeable
quand ce n'est pas la principale de nombreux professionnels et de pas mal de clubs
mais la série noire d'accidents de ce premier semestre, dont beaucoup survenus en
baptêmes, doit nous faire réfléchir.
Tous les discours jésuitiques sur la différence qu'il y aurait entre transport de personnes,
baptêmes et vols d'initiation ou de découverte ne changent rien au fait que quand un "baptisé"
est tué dans un accident d'ULM, nous ne sommes pas loin de l'homicide.
Bien sûr la plupart des pilotes qui se livrent à cette activité mettent tout en uvre pour assurer
la sûreté de leur gagne-pain. C'est une simple mesure de bon sens car, au plan commercial, le
moindre accident se ressent sur leur compte d'exploitation.
Pourtant les accidents sont là pour nous rappeler à nos responsabilités.
Que faire ? Trois solutions s'offrent à nous : l'interdiction pure et simple des baptêmes, la certification
du matériel et le contrôle draconien et continu des compétences des baptiseurs ou une
information préalable et complète des baptisés avant de monter dans nos machines.
Si nous ne voulons pas renoncer définitivement aux baptêmes, seule la troisième solution est
compatible avec les idées et conceptions qui ont permis le développement incroyable de l'ULM
dans notre pays.
Cette information peut prendre de nombreuses formes. Elle doit au moins clairement signifier
aux occupants d'un appareil que, d'une part, sa conformité aux règles techniques n'a pas été
démontrée en apposant bien en vue un sticker, un peu à la manière des stickers des avions
CNRA et, d'autre part, que la compétence de l'opérateur ne fait pas l'objet d'un contrôle d'Etat.
Certes ce genre de mesures n'améliorera en rien la sûreté de nos activités. Elle fera même
certainement baisser l'attrait des vols ULM pour le grand public. Mais elle transforme des "innocents"
en "complices". C'est une nuance de taille qui rendra les accidents moins intolérables
pour notre société, sa justice et bien sûr pour nous-mêmes.
Bons vols,
Ph.T.
60 pages, ULM, paramoteurs,
avions légers, gyros. France 6,10 E, Belgique,
Espagne : 6,70 E, Canada : 9,5 $C
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